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 Tourner les pages ∇ Meredith

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MessageSujet: Tourner les pages ∇ Meredith   Ven 8 Mai - 19:50


Destresse. C'est juste pour la matinée. Elle va pas te bouffer.
Lou eut un petit rire bref. Avoir affronté trois ans de détention dans l'un des pénitenciers les plus violents du pays, et trembler devant sa collègue bibliothécaire. Cocasse. Il enfila à la hâte un pull sur sa chemise - presque - immaculée et claqua la porte de l'appartement. Pour une fois, la nourrice était passée chercher Ava. Même si la payer devenait de plus en plus compliqué, il avait besoin de ce petit boulot qui lui permettait tout juste de joindre les deux bouts. L'ambiance y était agréable et Meredith... Il soupira. C'était seulement sa quatrième journée et il avait beau n'être là que pour donner un coup de main avec l'inventaire, il se sentait clairement en trop dans le royaume de la jeune femme. Un royaume où les livres, véritables pierres dressées érigées en idoles païennes, régnaient sans pitié sur les âmes qui s'égaraient entre les rayons interminables. À une époque, il adorait lire. Il avait passé les derniers mois de sa détention à dévorer les classiques qu'il n'avait pas eu le temps de parcourir quand il était libre. Libre. Il s'était tant battu, et à présent qu'il sentait le regard parfois courroucé de la si jolie Meredith sur ses épaules lorsqu'il faisait tomber une anthologie du XIXème siècle, il se sentait plus que misérable. La seule chose qui le rassurait était sa bienveillance. Elle ignorait tout de son passé. De cette fois où, à peine incarcéré au pénitencier de Louisiane, il avait délibérément frappé un co-détenu qui le harcelait depuis quelques jours. Le gardien s'était tant acharné avec la lourde matraque qu'il lui avait cassé deux côtes. Et il avait fait pour la première fois connaissance avec l'isolement.
Sept mètres carrés. Quasiment aucune lumière. Juste le temps - interminable.
Il secoua la tête. Pas maintenant. Merde, il était en retard. De quelques minutes. Il fit démarrer la vieille Lincoln et conduisit en trombe jusqu'à la bibliothèque, élégant bâtiment près duquel il se gara. En poussant les portes de l'édifice, il vit tout de suite que Meredith était déjà là, derrière l'imposant comptoir. Il lui adressa un sourire désolé et alla à sa rencontre. Ils s'étaient croisés la veille, à l'école de leurs enfants respectifs. Quel âge avait-elle ? Elle  semblait plus jeune que lui. Il n'avait jamais vu le père des jumeaux, et avait jusqu'ici évité le sujet. Mais il devait certainement y avoir un père ; elle lui semblait si rangée, si installée. Si pas comme lui. Pourtant il se rendit compte qu'il lui vouait un authentique respect, bien différent de l'affection instinctive qu'elle lui inspirait.
— Bonjour, Meredith. Tu vas bien ? Je suis désolé, j'étais... les bouchons, je...
Il se sentit complètement ridicule. Lui naguère si sûr de lui, et dont la voix tremblait légèrement.
— Je vais continuer à ajouter les nouvelles commandes à l'inventaire.
Ça va ? Tu vois. Elle t'a pas bouffé, Lou.
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MessageSujet: Re: Tourner les pages ∇ Meredith   Ven 8 Mai - 22:53

 
La jeune femme caressa la couverture d'un livre, une édition rare d' un roman de Jules Verne. Enfant elle n'avait jamais été particulièrement éprise de littérature. Elle n'avait découvert son amour pour les lettres que beaucoup plus tard, il reposait d'ailleurs plus sur sa passion pour les vieilles éditions que pour ce qu'ils contenaient. Elle avait pourtant brillamment passé un diplôme de littérature contemporaine, qui ne lui avait servit, et ne lui servait toujours, à rien. Meredith lissa sa jupe pensant aux jumeaux et à ce qu'ils pouvaient bien faire à cette heure. Quoiqu'on soit en week-end et que par conséquent... Le fracas de la porte interrompit ses pensées et elle regarda avec effarement l'homme qui venait d'entrer. Elle avait oublié. Complètement. Elle devait paraître peu avenante à le regarder ainsi, les yeux à moitié exorbités. Pourtant il avait l'air sympathique ce Louis Morel, du moins, quand il ne faisait pas tomber par terre, de toute sa hauteur, une première édition. Elle n'avait pas été particulièrement sympathique à son égard les quelques fois où il avait travaillé avec au cours des 4 semaines précédente. A vrai dire Meredith n'était pas quelqu'un de très sociable et elle était plutôt méfiante, qui plus est. Evidemment le fait que sa fille soit dans la même école que Paul et Iris la rassurait sur le fait qu'il avait l'air de quelqu'un de sérieux. Mais il envahissait son territoire. Elle avait parlé de lui à sa psy évitant de justesse le sujet épineux du père des jumeaux et elle lui avait répondu que la bibliothèque était un lieu public et que techniquement parlait quiconque y entrait violait son territoire. Meredith avait grimacé, elle détestait lorsqu'elle avait raison.

La jeune femme esquissa un sourire qu'elle voulait amical. Autant partir sur de bonnes bases, il n'avait pas l'air d'être là depuis très longtemps. Quoiqu'on ne savait jamais. Louis s'adressa à elle lui demandant de l'excuser. A vrai dire ce n'était pas vraiment ses affaires elle n'était pas la patronne et de toute façon il n'y avait jamais personne à cette heure-ci. « Oui, ça va. » Mieux qu'hier, moins bien que demain. La voix de sa psy résonnait dans sa tête et elle la secoua. N'importe quoi. « Pas besoin de t'excuser. Je ne suis pas là depuis beaucoup plus longtemps. » Elle remarqua que c'était probablement la plus longue phrase qu'elle lui adressait et se demanda comment il réagirait mais il tourna les talons en lui disant qu'il allait continuer l'inventaire et Meredith se renfrogna. Elle se demanda si il allait l'abandonner au guichet à se morfondre ou bien parcourir les rayons. « Attend! Tu vas dans quelles ailes? J'ai des livres à ramener. » Récupérant les dits bouquins elle sortit de derrière le comptoir et se demanda si elle ne s'y prenait pas mal. Les relations ça n'avait jamais vraiment été son fort. « Au fait... Ça va toi? »
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MessageSujet: Re: Tourner les pages ∇ Meredith   Dim 10 Mai - 13:21

— Attend ! Tu vas dans quelles ailes ? J'ai des livres à ramener.
Surpris, Louis marqua une pause pour attendre la jeune femme. Des livres plein les bras, celle-ci le suivit à petits pas. Son coeur s'emballa légèrement, sans raison vraiment évidente.
— Au fait... Ça va toi ?
Cette fois-ci, il crut qu'il avait mal entendu. Tandis qu'ils avançaient vers les ailes où les archives et l'inventaire étaient classés, il la déchargea d'une partie des livres qu'elle portait et son regard croisa celui, déterminé et cependant un peu différent de Meredith. C'était la première fois qu'elle lui posait une question un tant soit peu personnelle. Une question qui ne tournait pas autour de "Tu as fini de classer les manuels scolaires du A jusqu'au J ?" ou de "Tu penses pouvoir m'aider à couvrir les nouveaux dictionnaires ?". De quoi être un peu déboussolé et ne pas savoir comment réagir. Lou se sentit rougir légèrement.
Si ça allait ? Ava, l'appartement, les petits boulots, l'école, les rendez-vous avec son agent de probation, les cauchemars qui le réveillaient invariablement toutes les nuits, des cauchemars terribles où il est entravé, menotté, battu, laissé dans le noir, seul, seul avec les souvenirs et bientôt le deuil, seul, toujours seul. Mais la liberté. Les dimanches au parc. Ava qui rit. Ava qui pleure. Ava qui chante. Ava qui dessine. C'est un arc-en-ciel criard, une petite fille et un papa qui se tiennent par la main - cinq traits, un rond, une main quoi. Lou a un sourire distrait.
— Ça va. Tu sais ce que c'est, même si ce n'est pas toujours facile, avec les gosses, ça va toujours.
Un petit silence s'ensuit, un peu gênant. Il ne put s'empêcher de la regarder à la dérobée, ses mains, sa robe, elle met des robes, il aime les robes, Alma ne mettait jamais de robes, et puis ses yeux presque noirs, il détourne les yeux un peu pudiquement. Elle va pas te bouffer. Il pensa aux jumeaux, il avait déjà vu les deux gamins avec leur mère à l'école, à chaque fois c'était un petit signe de tête gêné, mais rien de plus. Les enfants, eux, riaient et jouaient ensemble, tout semblait bien, tout semblait fonctionner et ils ne se séparaient qu'avec regret. Avoue, t'aimerais bien les inviter prendre un thé, tous les trois. Un thé, sérieusement ? Dans l'appartement exigu ? Peut-être qu'elle dirait oui. Peut-être même que vous passeriez un bon moment. Tu pourrais lui demander d'où elle vient, ce qu'elle a fait. Elle a peut-être un doctorat en physique quantique, ou peut-être qu'elle joue du piano divinement bien, peut-être même qu'elle a trois cochons d'Inde. Il avait envie de la connaître. Mais une voix intérieure lui disait tout doucement non, Lou, elle ne t'appartiendra jamais.
Il se rendit compte qu'il n'avait rien dit de tout cela à voix haute.
— Et toi ? Je ne te demande jamais.
Il se sentit égoïste.
— Ça ne doit pas être simple d'élever des jumeaux ! Je n'ai déjà pas l'impression de m'en sortir avec Ava, fit-il en lui souriant.
Un vrai sourire, sincère, pour la première fois.
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MessageSujet: Re: Tourner les pages ∇ Meredith   Dim 10 Mai - 20:10


La réponse se fit un peu attendre et Meredith pencha la tête de côté. Pour une fois qu'elle osait dire quelques mots de plus elle se prenait un vent. Un comble. Elle avait l'habitude de ça quand elle avait 10 ans et qu'elle habitait à Memphis. Ici, en général on l'écoutait, "Fais pas ci, touche pas à ça, Chut!". Ses regards courroucés avait fait peur à plus d'un gamin de passage. Si ils pensaient qu'ils pouvaient courir dans les allées et renverser les illustres rangées de la bibliothèque, qui devaient être là depuis avant la naissance de leur grand-parents, ils se fourraient le doigt dans l’œil. Elle laissa son compagnon de travail la délester de quelques livres et continua à marcher en silence avant que Louis ne finisse par se fendre d'une réponse qui la fit sourire. Oui, elle savait. Elle était toujours débordée, s'efforçait de paraître propre sur elle chaque jours et parfois pensait abandonner. Elle attendait avec impatience les dimanches où elle traînait en pyjama toute la journée. Jouant avec ses enfants et n'ouvrant à personne, pas même à la voisine qui venait lui apporter une tarte. Sans doute plus pour examiner la maison à la façon d'une assistante sociale, que par courtoisie. Personne ne lui avait dit à quoi elle s'engageait. Personne ne lui avait dit, Ô combien ça allait être difficile ni qu'elle allait passer les meilleurs moment de sa vie avec eux. A les découvrir, à les voir grandir. Et puis de toute façon les enfants étaient trop perspicaces pour qu'on les laisse ne seraient ce qu'entrevoir une fêlure dans votre carapace. Meredith hocha la tête, ne voyant pas trop bien ce qu'elle pourrait rajouter. Leurs pas résonnaient dans la bibliothèque vide, un bruit que la jeune femme avait toujours trouvé flippant. Et puis Louis brisa le silence. Elle se demanda quelques instant ce qu'il voulait dire par là mais il précisa sa question.

Meredith leva les yeux vers le plafond sans trop savoir comment répondre à la question sans passer pour une mère indigne. « ... J'ai l'impression d'être la pire mère du monde parfois. Ça s'atténue avec le temps. On prend confiance en soi, je suppose. Quand on m'a dit qu'il y en avait deux et non pas un je me suis évanouie. Je pensais que ça n'arrivait que dans les films. » Elle se tourna vers lui avec un sourire. Sa grossesse restait un souvenir qu'elle n'aimait pas forcément aborder. Elle se trouvait énorme et mangeait tout le temps. Elle avait constamment mal au dos, n'arrivait pas à monter les escaliers sans avoir peur de tomber et vers la fin arrivait à peine à lacer ses chaussures. Aujourd'hui il lui arrivait d'en rire lorsqu'elle voyait tout ces films traitant du sujet mais à l'époque tout ce qui lui arrivait était une torture et l'accouchement, une délivrance. Elle était loin du compte. L'accouchement avait été pire que tout. Elle hurlait qu'on les repousse dans son ventre. Les salopiauds n'avait rien voulu entendre. "Mais enfin Madame Ward, c'est impossible." "MADEMOISELLE", avait-elle hurlé.« Quand ils étaient tout petits ils se réveillaient l'un l'autre avec leurs cris. C'était l'horreur. Maintenant ça va mieux. Mais le moment où ils sont le plus mignons c'est encore quand ils dorment! » Elle se fendit d'un petit rire avant de reprendre contenance. Est-ce que c'était horrible de dire ça? Meredith n'avait pas les codes. Elle avait appris sur le tas à ne rien confier aux mères du quartier qui ne manquaient pas d'écarquiller les yeux à chaque fois qu'elle faisait un pas de travers et qu'elle avait l'audace d'en rire. Oui, il lui était arrivé de laisser Paul manger de la terre pendant qu'elle disait à Iris d'arrêter de balancer du sable sur les autres enfants. Et pendant qu'elle grondait Paul, Iris piquait le râteau de Grant. « C'est... Euh... Peut-être un peu indiscret mais... Je te vois souvent à l'école pour prendre Ava mais je n'ai jamais vu sa maman... ». Elle ne savait pas vraiment à quoi s'attendre en posant la question, d'autant qu'elle ne pourrait plus éviter le sujet Connor très longtemps, avec ce genre de questions, mais Meredith était juste curieuse. Peut-être un peu trop pour son propre bien.
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MessageSujet: Re: Tourner les pages ∇ Meredith   Dim 10 Mai - 23:30

La pire mère du monde ? Les souvenirs remontent à la surface, ils entraînent tout sur leur passage. Il n'y a que quelques mois qu'il a vu Ava pour la première fois, elle n'était déjà plus une si petite fille. Il était sorti de prison la veille. Elle l'a regardé avec des yeux apeurés. Quand il l'a prise dans ses bras, elle lui a flanqué une grande tape de sa petite main. Parce qu'il la tenait serrée tout contre lui. Pour ne pas qu'elle voit qu'il pleurait doucement. Alors seulement il l'a regardée dans les yeux, et elle a semblé le reconnaître, n'a plus voulu retourner dans les bras de l'assistante sociale. Lui ne voyait plus les regards désapprobateurs qu'on leur lançait. Il ne voyait plus qu'elle. Et ne fut vraiment père qu'à partir de ce moment-là.
Pourtant les semaines suivantes furent difficiles. Elle pleure, putain pourquoi elle pleure, elle a mangé pourtant, elle a plus faim là, elle... arrête de pleurer, ça me fait peur putain quand elle pleure comme ça... Allez Lou, ça va aller. Et la petite voix qui demande soudain Papaouestmaman ?
Bien sûr qu'à ce moment-là il s'est senti misérable. Le pire père du monde. Quand il oublie Doudou sur la banquette arrière. Quand il n'a pas acheté de Chocapics. Quand il la gronde parce que non, on va pas à l'école en culotte, il faut mettre une jupe.
Il rit à l'allusion des jumeaux. Déjà, quand Alma lui a annoncé sa grossesse par lettre, il n'y a pas cru. Alors des jumeaux... Il imagine Meredith avec un gros ventre. Lui qui n'a pas vu la grossesse d'Alma, il ne peut qu'imaginer. Il se prend à se dire qu'elle devait être belle. C'est son mari qui devait être fier. Il oublie qu'elle n'est pas comme lui, personne n'est comme lui, personne ne devrait patienter plus de deux ans avant de voir son enfant.
Oui, quand ils dorment, c'est un des meilleurs moments. Dès qu'Ava s'endort, il se prend à la regarder en souriant. Il peut rester si longtemps près d'elle, à regarder ton visage serein, sa respiration régulière.
— C'est... Euh... Peut-être un peu indiscret mais... Je te vois souvent à l'école pour prendre Ava mais je n'ai jamais vu sa maman...
Ils ne sont qu'à quelques mètres de la salle de l'inventaire, mais son sang se glace d'un seul coup. Comme à chaque fois que quelqu'un mentionne la mère d'Ava.
Et d'un seul coup il se souvient, encore une fois.
"Hé, Morel. Ta nana, là, elle est morte, il paraît."
Et ce fut tout. Rouge, il avait vu rouge. Rouge, il n'y avait pas cru. Et puis le gardien était arrivé pour les séparer. Et il avait vu dans ses yeux que c'était vrai. Elle s'est pendue dans sa cellule. Il s'est jeté sur tout ce qui bougeait dans un élan désespéré, en poussant un cri d'animal blessé. On avait dû l'enfermer pendant des semaines. Hagard. Fou de tristesse. Encore aujourd'hui la douleur ne l'avait pas quitté.
— Je... Elle...
Il n'y arrive pas, décidément. Figé au milieu du couloir.
— Elle est ...
Sors-le.
— Elle est morte quelques jours après la naissance d'Ava. Elle s'est suicidée.
Peut-être qu'un jour je lui dirai toute la vérité. Mais s'il vous plaît. Faites qu'elle ne me regarde pas comme ils me regardent tous.
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MessageSujet: Re: Tourner les pages ∇ Meredith   Lun 11 Mai - 19:44


On lui avait posé souvent cette questions. Elle répondait par des gestes vagues qui ne signifiaient pas grand chose. Oh elle savait où il était. Les magasines en parlait suffisamment pour ça. Elle gardait les coupures qu'elle mettait dans un album pour quand les jumeaux seraient grand. Quelque part, au fond d'elle, elle savait pourtant que garder des souvenirs pour ses enfants ne changerait rien au fait qu'ils ne l'avaient pas connu.

Meredith ne s'était pas vraiment attendu à ce que Louis lui réponde. Ou plutôt elle ne s'attendait pas à cette réponse. Elle travaille beaucoup, elle a des horaires plus chargés, elle voyage en ce moment, lui aurait paru plausible. C'était sans doute les réponse qu'elle attendait. Apprendre qu'elle s'était suicidé, non. Ce n'était définitivement pas quelques chose à laquelle elle s'était attendu. Elle s'arrêta de marcher comme figé. Autour d'elle personne n'était jamais mort. Quand elle était partie même ses grand-parents respiraient encore. Alors le suicide. « C'est... » Affreux, horrible? Inhumain? Elle ne continua pas sa phrase ce n'était pas quelque chose qu'elle aurait aimé entendre. « Je suis désolée. » Elle l'était vraiment. Meredith baissa les yeux un instant, un peu honteuse, sans savoir trop quoi dire. « Ça a du être difficile. Je suppose que ça l'est toujours. »

La jeune femme releva les yeux sur les étagères et s'avança vers l'une d'elle pour remettre un livre en place. Avec leur conversation elle en avait oublié ses références. Elle caressa la tranche du livre qu'elle replaçait et se demanda pourquoi la mère d'Ava avait pu faire ça. Elle venait de mettre au monde une magnifique petite fille, d'après ce que Meredith avait pu voir et son... mari, amant? n'avait rien de repoussant, au contraire. « Je ne suis peut-être pas la personne doté du tact le plus exceptionnel de l'univers mais... Je sais écouter si un jour... Enfin... » Le silence lui semblait pesant et elle se demanda ce qu'elle faisait là, avec lui alors que les fois précédentes elles n'avait fait que lui demander de l'aider dans le boulot. Garder une relation professionnelle était peut-être mieux. Elle s'avança vers lui et fit mine de récupérer les livres. « Je peux me débrouiller avec, si tu veux. »
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MessageSujet: Re: Tourner les pages ∇ Meredith   Lun 11 Mai - 23:36

Non, ce n'était toujours pas facile. Mais elle avait baissé les yeux, les relevant d'un seul coup, non ce n'était pas facile, non mais elle ne l'avait pas jugé, il n'avait lu dans son regard que de la tristesse, une tristesse sincère qui n'était pas non plus un malaise, car c'était triste et seulement triste. Son coeur reprit un rythme normal. Elle se le demandait peut-être, intérieurement, mais elle ne posa pas la question à voix haute : pourquoi ?
Lui seul savait. Ou devinait. Comment aurait-elle pu tenir le coup ? Sa camée. Enceinte, s'il avait su. Comment aurait-il réagi, lui, si on lui avait arraché Ava alors qu'il venait de la mettre au monde ? Comment aurait-il réagi si on l'avait reconduit en cellule pour douze ans de réclusion, douze ans sans voir son enfant, un enfant placé dès sa naissance, qui devrait encore attendre plus de deux ans pour connaître un seul de ses parents ? Comment aurait-il réagi en imaginant Ava au collège, découvrir celle qui l'avait portée pendant neuf mois ? Comment aurait-il réagi ?
Ce qui était marrant, c'est que Mery lui rappelait un peu Alma. Ce côté droit au but, et en même temps un peu brouillon, ce qui contrastait nettement avec ses petites robes, son statut de mère, de bibliothécaire. Il avait vu qu'elle ne rangeait que parce que c'était son boulot. Les tiroirs de son bureau étaient pleins de bibelots en bordel. Une vraie pagaille. Ça lui plaisait. Elle paraissait moins inaccessible. Mais il se voyait mal l'appeler un jour sa camée. Il n'y en avait eu qu'une. Elle avait tout fait tomber sur son passage, à présent il voulait réussir à reconstruire quelque chose.
Elle parut se reprendre, réaliser qu'elle n'était pas son amie. Mais sa proposition ramena un peu d'espoir, un espoir qui ne se voulait pas totalement avoué. Oui, il aurait aimé pouvoir se confier à elle. Au fond, il se disait que peut-être, un jour, il y arriverait.
— Je peux me débrouiller avec, si tu veux.
— Non, laisse, je vais le faire.
Il commença à lire les étiquettes et à classer les ouvrages, comme s'ils étaient en train de discuter du dernier match de hockey et non pas de leurs failles personnelles. Les questions fusaient silencieusement, ils se jaugeaient l'un l'autre, mais à présent c'était son tour. Et son anxiété fut à la hauteur de sa curiosité lorsqu'il se lança enfin.
— Et le père des jumeaux ? J'espère que ton histoire est moins tragique que la mienne.
Le ton se voulait rieur, mais même lui n'y croyait pas.
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MessageSujet: Re: Tourner les pages ∇ Meredith   Mer 13 Mai - 15:47


Il avait refusé. Meredith laissa tomber la main qu'elle avait tendu, le long de son corps et esquissa un sourire. Elle aurait aimé fuir. Elle était triste pour lui  et se sentait tellement minable. Elle se retourna vers la rangée de gauche et recommença son travail.  Sa main s'arrêta quand Louis lui posa LA question. Celle qu'elle redoutait. Celle à laquelle elle avait toujours évité de répondre. Où il est notre Papa? Mange tes céréales, Paul. Et le père? Quel joli jardin vous avez là, vous disiez? Le père des jumeaux? Connor? Pas important je dois absolument vous raconter ce qu'il s'est passé hier. Elle avait des milliers d'exemples où elle avait détourné l'attention des gens pour qu'ils n'obtiennent pas d'aveux de sa part. Et elle avait vécu deux ans sans qu'on ne lui en parle outre mesure. Les mères célibataires couraient les rues aujourd'hui, que les gens parlent dans son dos ne lui faisait ni chaud, ni froid, tant qu'ils ne connaissaient pas la vérité. Mais dos à lui, à essayer de trouver une excuse qui justifierait son refus de parler elle se rendait bien compte que ce serait injuste.

Meredith tourna légèrement le visage vers lui et ramena une mèche de cheveux derrière son oreille. « Il... Euh... C'est une longue histoire. » Elle poussa un petit soupir comment allait-il réagir quand elle allait lui annoncer qu'elle avait privé, sciemment, le père de sa progéniture? « Il... Connor, commençait à percer dans la musique quand je suis tombée enceinte. » C'était un accident.  Elle n'osa pas le dire, assumant qu'il comprendrait mais surtout parce qu'aujourd'hui elle ne considérait plus les jumeaux comme un accident. « Je... Je suis partie quand j'ai appris. C'était réfléchi. Je ne voulais pas qu'il assume son rôle de père et qu'un jour il nous reproche de l'avoir éloigné de la... célébrité. Aucun enfant ne le mérite. » Moi non plus. La jeune femme se tourna face à son interlocuteur. Elle voulait voir son visage, sa réaction. Elle voulait voir si l'expression qui se peignait sur son visage était celle à laquelle elle s'attendait depuis 3 ans. Tu aurais pu... Tu aurais dû le laisser choisir. Il avait le droit de savoir. C'était son corps. Elle avait choisit au mieux. Elle l'aurait privé de son ascension. Elle n'avait pas le droit. Elle avait fait un choix. Peut-être regrettable mais certainement pas infondé. « Il aurait abandonné la musique pour nous mais on aurait pas été heureux. »

Son histoire à elle n'avait rien de tragique. Elle avait choisit de se trouver dans cette situation. Mais finalement tout les deux se ressemblaient plus qu'ils auraient pu le croire. Elle n'osa pas ajouter que dans un concours pour savoir qui d'eux deux avait l'histoire la plus triste, il aurait gagné haut la main.
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MessageSujet: Re: Tourner les pages ∇ Meredith   Jeu 14 Mai - 21:31

—  Je... Je suis partie quand j'ai appris. C'était réfléchi. Je ne voulais pas qu'il assume son rôle de père et qu'un jour il nous reproche de l'avoir éloigné de la... célébrité. Aucun enfant ne le mérite.
Il la regarda intensément. Un choix ? Il ne s'y serait pas attendu. Il trouva cela très altruiste, alors que certains auraient pu qualifier le geste d'égoïste. Comment avait-elle pu le garder pour elle ? Au fond, il aurait pu, dû le découvrir. Comment n'avait-elle pas eu envie de lui dire, de le mettre au courant, de partager son bonheur avec lui ? Il imagina un type violent, un salaud fini, quelqu'un qui lui aurait fait du mal. Et puis soudain il comprit que ce n'était pas nécessairement le cas, que le père des jumeaux avait sans doute compté d'une autre manière, et que si elle était partie ce n'était que par amour. Le constat, sans appel, lui fit détourner le regard. Non, elle n'était pas partie parce qu'elle ne l'aimait plus, non, elle n'était même pas partie parce qu'elle n'en avait plus rien à faire ; elle était partie de son plein gré, elle était partie en sachant pertinemment que ce serait un choix difficile à assumer, un choix qui lui boufferait la vie, un point de non retour parfaitement assumé.
À défaut de le comprendre, il le trouva singulièrement culotté.
Il se reprit, replongea son regard perdu dans celui de sa collègue. Sa collègue, il réalisa qu'elle n'était pas autre chose et qu'elle prenait cependant une pente différente, qui les menaient vers un terrain bien plus familier et qu'ils ne connaissaient pas encore. Finalement, leurs conversations avaient quelque chose de familier, mais c'était une sensation bien étrange qui ne leur ressemblait pas.
— Il aurait abandonné la musique pour nous mais on aurait pas été heureux.
Il eut envie de la contredire. Peut-être qu'ils auraient pu être heureux. Peut-être - et cette pensée lui fit horriblement mal, plus mal qu'il ne l'aurait jamais imaginé - qu'ils pouvaient toujours être heureux. Où était-il à présent ? Et celui qui te serrait dans ses bras, amoureusement, est-il mort disparu ou bien encore vivant ? Oui, il avait lu Prévert, oui, il avait aimé Prévert, et maintenant il se demandait simplement ce qu'il pouvait changer à la situation, et pourquoi il se retrouvait en terrain conquis. Il se sentait de trop, encore une fois. Et pourtant affreusement proche de cet homme qui ignorait qu'il était père.
— Tu comptes le lui dire, un jour ?
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MessageSujet: Re: Tourner les pages ∇ Meredith   Ven 15 Mai - 0:12

« Non. » La réponse avait fusé. Sortie de ses lèvres sans même qu'elle s'en rende compte. Elle n'avait pas réussi à déterminer ce que pensait Louis d'elle mais ne pas voir de jugement dans ses yeux la rassurait. Il aurait pu se mettre à la place de Connor et se dire qu'il aurait détesté qu'on lui mente, il en aurait eu tout les droits. Mais elle, elle ne l'aurait pas supporté. Ça lui faisait trop mal de voir cette réaction sur le visage des gens quand ils connaissaient la vérité et elle n'était plus assez forte. Pas quand elle était seule. « Non, je ne compte pas le lui dire. Je garde tout ce que je peux trouver sur lui dans un album pour les jumeaux, pour quand ils seront grand. Pour qu'ils sachent qui il était. Mais j'aime à croire que je leur suffit. Ils n'ont pas besoin d'un père absent. Et je n'ai pas besoin de lui. » Elle l'avait su à la minute où ils s'étaient rencontré. Elle n'aurait jamais besoin de Connor et il n'aurait jamais besoin d'elle. Ils se suffisaient à eux même et c'est pour ça que leur histoire avait marché, un temps. Aujourd'hui encore elle ne savait pas si elle l'avait vraiment aimé. Avait-elle vraiment aimé quelqu'un un jour? Elle l'avait accueilli dans son lit et s'était sentie bien dans ses bras. Sa conversation lui plaisait et les monde qu'il lui peignait la faisait rêver. Elle avait définitivement tenu à lui plus qu'à quiconque auparavant, c'est ce qui l'avait poussé à partir, pour ne pas tout gâcher. Mais l'amour... Meredith n'avait découvert ce que c'était qu'à la naissance de ses enfants en voyant leurs visages fripés, leurs mains potelé et leurs si petits pieds, elle avait ressentit cette chose indescriptible qu'elle ressentait encore lorsqu'elle les voyait. Ce sentiment plus grand qu'elle, que Meredith ne comprenait qu'à moitié. Tout ça lui était tombé dessus. Si bien qu'elle avait compris qu'elle n'avait pas besoin de quelqu'un de fort sur qui s'appuyer mais de quelqu'un de fêlé, de quelqu'un qui avait ses blessures et sa vie, dans de lourds bagages, qui traînait derrière lui. Quelqu'un qui malgré tout ce qui avait pu lui tomber dessus continuait à se relever quand un autre serait resté à terre.

D'après ce qu'elle savait il faisait des concert un peu partout dans le pays. Il multipliait les femmes comme on multipliait les chaussettes une fois qu'on les avait perdues dans le lave-linge. Au fond d'elle et malgré tout ce qu'on aurait pu lui dire elle savait qu'il n'était pas fait pour être ensemble. Il lui avait donné ce qu'elle avait de plus précieux sur cette terre mais c'est tout ce qu'il serait jamais pour elle. Le père de ses enfants, rien de plus. Même si elle le recroisait, fait hautement improbable, après tout que viendrait-il faire dans une petite bourgade paumée de Louisiane. C'est pour ça qu'elle l'avait choisit. Pour sa localisation qui était sans aucun doute la moins propice pour rencontrer des stars mais aussi, un peu, pour la beauté et le calme de la ville. « Je n'aime pas trop parler de lui. Pas parce que c'est difficile. C'est juste que... C'est un secret que je n'aime pas trop dévoiler. Ce n'est pas forcément quelque chose dont je suis fière même si c'était nécessaire. » Meredith grimaça, le mot ne convenait pas mais c'était le seul qu'elle avait trouvé. Elle se fit la réflexion, qu'elle avait plus parlé d'elle à Louis qu'à sa psy, qu'elle côtoyait depuis deux ans. Un comble sachant qu'elle avait dépensé des milliers de dollars qu'elle aurait pu investir dans sa boutique. Il faudrait qu'elle pense à s'arrêter avec elle. « Je sais pas pourquoi je te raconte tout ça. » Je ne sais pas pourquoi je te fais confiance. aurait été plus exact.
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MessageSujet: Re: Tourner les pages ∇ Meredith   Sam 16 Mai - 21:21

Spoiler:
 

— Comment peux-tu savoir qu'ils n'ont pas besoin de lui ?
Les mots avaient fusé, il les regretta presque instantanément, mais il n'avait pas pu s'en empêcher. Lui qui avait perdu la mère de sa fille, il ne pouvait pas s'imaginer se priver sciemment de la personne qui aurait dû compter pour elle autant, sinon plus que lui. C'est peut-être bête, de laisser les mots s'échapper, alors qu'il ne la connaît même pas. C'est peut-être stupide de ne pas se taire, de ne pas respecter ce choix si extraordinaire. Mais c'est certainement très humain.
Peut-être qu'un père absent n'était pas un père. Lui qui n'avait que très peu connu ses parents biologiques ne s'était pas construit avec eux. Il savait que le sang importe peu, mais que l'amour, en revanche, change tout. Il avait peu aimé mais Alma, dans sa destruction infinie, l'avait touché à un point qu'il n'arrivait pas à comprendre, à expliquer. Il s'était alors éloigné de tout ce qui pouvait encore le relier à son milieu d'origine, un milieu poisseux, désespéré dont il ne serait plus jamais l'avatar. Et voilà qu'elle était arrivée, des bleus plein les bras, des cernes sous ses yeux délavés. Elle n'était même pas belle, mais à l'instant où leurs regards s'étaient croisés, il avait su, confusément, qu'il tenterait l'impossible. L'impossible pour la sauver, l'impossible. Le slogan de Nike, c'est des conneries. On a beau tout essayer, parfois ça marche pas. L'aimer n'avait pas suffi. Ça suffisait à peine pour offrir au fruit de leurs amours improbables un avenir proche.
Il s'en voulut de l'avoir contredite. Qui était-il, lui, l'ex-taulard en probation, pour la critiquer, alors que contrairement à lui, elle n'avait pas crée le moindre problème, déçu la moindre personne ?
— Je suis désolé, je ne voulais pas... C'est juste que j'aimerais bien qu'elle soit toujours là, des fois.
Pas des fois, putain. Tout le temps.
— C'est pas facile, hein ?
Il lui sourit, son geste en suspend, un livre à la main. Il se sentait curieusement bien. Non, ce n'était pas facile d'en parler, ce n'était pas facile d'évoquer ses secret, d'évoquer tout ce qui les retenaient encore à leurs passés respectifs. Des passés lourds, qui les tiraient encore en arrière, des poids de fonte dont ils ne parvenaient pas à se débarrasser.
Un souvenir se dessina spontanément devant lui, lui qui ne vivait plus qu'avec des souvenirs, des souvenirs comme des nuages qui passent devant les yeux sans s'arrêter, au hasard du temps et des saisons. Certains plus gris que d'autres, mais ces souvenirs éthérés voulaient tous dire la même chose : tu sais, tu devrais les ouvrir, tes yeux, les ouvrir enfin sur le monde et ne pas écouter du Jeff Buckley parfois toute la nuit, en pensant à ce que tu aurais pu être, à ce que tu aurais pu devenir. Pense à qui tu es, aujourd'hui, pense à qui tu seras, demain. Pour Ava. Ava.
Le souvenir s'étira plus précisément ; c'était un très vieux souvenir, il est enfant, un gamin de cinq, six ans, c'est sa première famille d'accueil et en t-shirt troué il fixe de ses yeux bleus une jeune femme qui s'active dans la cuisine, oui c'est une cuisine, carrelage jauni, plaques de gaz sales, le café chauffe dans un coin, une odeur familière et un peu passée, la femme se retourne, elle est un peu absente, ne lui prête pas attention, mais soudain elle ouvre la bouche et il se souvient, il croit se souvenir de ces mots qui changent tout, Louis tu vas partir dans une autre famille, Louis tu sais je ne t'oublierai pas mais il faut que tu sois fort, tu sais on ne t'abandonne pas, tu sais mais sois fort, si je pouvais je voudrais que tu restes. Quelque chose se brise quelque part. Mais il ne pleure pas. C'est juste un détail dans son regard. Comme une lueur allumée, ou éteinte. Un peu plus de désespoir, un peu plus de rage. Et en même temps, la conviction d'avoir un rôle, aussi ténu soit-il, sur cette Terre. Il y aura d'autres familles et d'autres peines, bien sûr. Mais ce souvenir compte peut-être plus que tous les autres, parce que c'est le premier.
Le souvenir s'en va. Louis, enfin, ouvre les yeux. Il sent que sa période d'absence touche à sa fin. Il sent qu'il peut, enfin, s'ouvrir. À qui, à quoi ?
— Je croyais que je ne pourrais pas en parler. Quand j'ai su qu'Alma était morte, j'ai pensé que je ne tiendrais pas le coup. J'ai pensé que j'allais en finir moi aussi. Si ce n'était pas pour Ava...
Il s'arrête. C'est dur.
— Peut-être qu'en le lui disant, tu te sentirais mieux.
Et en même temps, il n'a pas envie qu'elle le lui dise. Il a envie de les prendre tous les trois par la main et de ne plus les lâcher.
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MessageSujet: Re: Tourner les pages ∇ Meredith   Dim 17 Mai - 0:29


« Comment peux-tu savoir qu'ils n'ont pas besoin de lui ? » Meredith recula imperceptiblement. Qu'on remette en cause ses choix elle en avait eu tellement l'habitude, dans son enfance. Ses parents à elle n'était jamais là ils n'avaient de parents que le patronyme qu'elle leur donnait. Papa, Maman. Est-ce qu'elle avait eu besoin de son père absent ou de sa mère déprimé et alcoolisée pour se construire? Non, heureusement d'ailleurs, elle n'aurait été qu'une épave aujourd'hui si ça avait été le cas. Pourtant ils avaient fait trois enfants. Meredith était l'enfant du milieu ni la plus grande, ni la plus petite. Leur fratrie avait été soudée et puis elle avait éclatée éparpillant tout les morceaux de leur "famille" aux alentours, comme des petites pièces d'un puzzle qu'il aurait fallut ramasser. Meredith n'avait pas pris cette peine, au lieu de compléter le casse tête elle avait préféré fuir, laissant les autres ramasser les pots cassés. Les raisons étaient encore obscures pour elle quelques explications parvenaient, parfois, à crever la surface de ses pensées et puis elle les enfouissaient bien vite. Comme pour Connor, la famille était un sujet tabou. Pourtant elle comprenait ce qu'avait voulu dire Louis. Lui, il n'avait pas choisit, pour sa fille, qu'elle devienne orpheline de mère. Aujourd'hui si elle ne s'était pas suicidée peut-être qu'ils auraient formé une famille heureuse et épanouie comme elle en croisait des tas au cours de ses lectures. Et Meredith se surprit à en avoir le cœur serrée à l'image de cette petite famille parfaite. Avec une adorable gamine entourée par ses deux parents parfais. Tout le monde se tient la main, une photo de famille comme il pourrait y en avoir une sur chaque guéridon de chaque maison dans le monde. Ses excuses la prirent par surprise et elle secoua la tête tout doucement comme pour éviter de le brusquer, pour continuer à l'apprivoiser.« Non. C'est bon. Peut-être qu'ils ont besoin de lui plus que je ne voudrais bien le croire. » Est ce qu'on pouvait avoir besoin de quelque chose ou de quelqu'un qu'on avait jamais connu? Meredith en doutait. Elle n'avait pas besoin d'un père, plus maintenant et jusqu'à ce que les jumeaux viennent au monde elle n'avait jamais ressentit le besoin d'avoir une famille. Une famille soudée. Elle baissa les yeux sur le sol un peu honteuse sans trop savoir pourquoi. Ils étaient cassé, brisés. Des poupées désarticulées. A ses yeux, pourtant, sa vie à elle n'avait été que liesse comparée à celle de Louis. On dit que les yeux sont le miroir de l'âme. Ses yeux à lui refletait la mélancolie et la tristesse et plus Meredith le regardait plus elle avait envie de lui prendre la main pour lui dire que tout irait bien. Qu'elle était là et qu'elle ne le quitterait pas. Elle n'en fit rien.

Oui, c'était difficile, de se réveiller chaque jour en se disant qu'aujourd'hui serait meilleur qu'hier sans pour autant en être persuadée. De se réveiller si triste alors que quelques années auparavant on respirait le joie de vivre. Pourquoi ces choses là arrivait. Pourquoi pensait-on que ça n'arrivait qu'aux autres jusqu'à ce que ça nous arrive à nous. Pauvres âmes égarées. « Je croyais que je ne pourrais pas en parler. Quand j'ai su qu'Alma était morte, j'ai pensé que je ne tiendrais pas le coup. J'ai pensé que j'allais en finir moi aussi. Si ce n'était pas pour Ava... » Meredith s'avança, sans un bruit. Elle posa sa main sur celle de Louis, celle qui tenait le livre, et la poussa doucement pour le ranger puis, sans la lâcher, elle plongea ses prunelles dans les siennes. « Tu l'aimais vraiment beaucoup. » Ce n'était pas une question, plutôt un constat. Et elle se mit à penser qu'elle l'enviait, pas forcément elle d'avoir été aimé par lui, mais lui d'avoir aimé quelqu'un si fort qu'il aurait tout donné pour elle, même sa vie. « Peut-être qu'en le lui disant, tu te sentirais mieux. » Meredith lâcha la main de Louis, comme brûlée. Se mordillant la lèvre elle baissa de nouveau les yeux et s'éloigna un peu. Pourquoi vouloir qu'elle lui parle était-ce vraiment si important? Se sentirait-elle vraiment mieux mais surtout... « C'est quoi l'idée? Lui téléphoner? Eh salut, Connor, tu te souviens de moi, Meredith. Oui, c'est ça cette fille que tu as accueilli dans ta vie et qui t'as lâché trois mois plus tard, sans un mot pour que tu comprennes. Bon c'était juste pour te dire que si je suis partie c'est parce que j'étais enceinte et voilà... C'est des jumeaux, une fille et un garçon, Iris et Paul. J'espère que tu aimes les prénoms. » Elle se tordait les mains avec violence pour calmer cette violente envie de pleurer qui s'était soudain emparée d'elle. « Tu crois qu'il me dirait quoi? Moi je pense qu'il me raccrocherait au nez en me hurlant que j'en veux à son argent. C'est probablement ce que j'aurais pensé si j'avais été  sa place et qu'une nana que j'ai pas vu depuis trois ans prétend qu'elle a deux gosses qui sont les miens. » Elle y a déjà pensé quelques fois. Décrocher le téléphone pour le lui dire. Elle l'a fait, une ou deux fois, peut-être trois, pendant sa grossesse, à des moments où elle était faible, elle l'a appelé et puis parfois il a décroché et lorsqu'elle a entendait sa voix elle restait pendue au téléphone sans qu'aucun son ne sorte de sa bouche et lui s'escrimait au bout du fil "Allô? Allô? Rooh mais c'est pas vrai! Encore ce timbré!" Elle se tourna dos à Louis, les yeux emplis de larmes, refusant qu'il la voit ainsi. Ça faisait des années qu'elle n'avait pas pleuré pas même devant sa psy. Pourquoi maintenant, pourquoi ici? Il avait loupé sa vocation le bougre, c'est lui qu'elle aurait dû engagé pour la faire parler.
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MessageSujet: Re: Tourner les pages ∇ Meredith   Lun 18 Mai - 21:51

Elle avait lâché sa main, et le sentiment d'abandon - d'habitude assez diffus, enfoui, un peu caché après toutes les années et toutes les déceptions - se réveilla ; d'un seul coup, comme ça, il ne l'avait pas vu venir, il reposa Les Aventures de Tom Sawyer et la regarda intensément, il ne pouvait pas détacher ses yeux bleus de ceux, d'un brun profond, de Meredith, Meredith c'est un beau prénom il s'en rendit compte, Meredith, Meredith.
Oh ils n'auraient pas fait une famille idéale. Alma la droguée, Alma la camée, Alma aux cernes bleues, Alma et ses cheveux décolorés, Alma qui respirait la tristesse, Alma la morte-vivante, Alma cruelle et si humaine à la fois, Alma et son désespoir, Alma et la rage de vivre, ou de mourir peut-être, Alma qui se donnait à d'autres hommes et lui revenait à chaque fois plus abîmée, Alma qui respirait si fort quand il jouissait, Alma qui parfois le laissait la prendre doucement dans ses bras, Alma qui repartait au petit matin, Alma, Alma, Alma.
Il l'imaginait avec son gros ventre, en prison. Il repensait à leurs dernières lettres, à celle, la plus importante, où elle lui annonçait sa grossesse. C'était sa seule reconnaissance. Elle lui avait confié ce qu'elle avait fait de plus beau, ce qu'elle avait de plus précieux.
Parfois, il se demandait s'il était seulement le père de sa fille.
— Tu crois qu'il me dirait quoi ?
Il l'écouta, la regarda, rit même doucement à ses singeries, à ce scénario improbable, à tout ce qu'elle avait pourtant sans doute pensé très fort, comme lui comme il comptait les semaines de grossesse, vingt-trois, vingt-quatre, ça ressemble à quoi à vingt-quatre semaines, un haricot, un lézard ? Elle tourna la tête, non elle n'allait pas bien, non ce n'était pas bien de remuer le passé comme ça, non non, non.
— Je crois qu'il te dirait tout ça, ou peut-être que non, peut-être qu'il serait juste sur le cul. Et puis heureux, après coup.
Il lui prit la main à son tour, la forçant doucement à se retourner, à la regarder dans les yeux, il mis sa main sur sa joue, les larmes lui faisaient de grands yeux humides, il eut envie de l'embrasser, enleva sa main mais garda celle de Meredith, il baissa le regard pudiquement.
— On va y arriver, tu verras. Avec ou sans eux. Ce n'est pas ça qui nous manque, c'est pas la force, c'est autre chose.
Quoi ? Qu'est-ce qui leur manquait à ces deux-là ? Un peu de reconnaissance, un peu de chance, un coup de pouce du destin ?
Il se rendit compte qu'avec elle, parler devenait simple, aisé, comme naturel. Il se rendit compte qu'il ne l'aurait pas fait avec une autre. Il eut envie de se confier à elle, de lui raconter tout, la prison, les heures seul, même les moments dont il avait honte, les agressions, les larmes, les regrets, le goût du sang, les corps sales et les halètements de chien.
Sans rien dire, il l'étreignit. Une étreinte longue, à la mesure de leurs difficultés à s'exprimer. Il la tint fort dans ses bras. Un peu trop fort, il eut peur de lui faire mal, il relâcha un peu son étreinte, ça faisait quoi, une minute, deux, dix ? Il aurait pu rester comme ça pendant longtemps, l'éternité. L'éternité aurait ressemblé à un paradis. Au bout d'un certain temps - il n'était pas doué pour mesurer le temps, à l'isolement les secondes et les heures semblaient comparables, le temps n'est plus l'indicateur de rien sinon du désespoir quand il est tout ce que vous avez - il la relâcha.
Il mit encore un moment avant de trouver les mots. Un peu gêné, et pourtant toujours conscient de ce moment de grâce, lui le taciturne, le Heathcliff des temps modernes, l'incarnation de la nature brute, belle et abîmée, fit parler son langage humain, celui qu'il maîtrisait le moins bien. Il est plus facile de passer par les gestes et les attentions, celles qui touchent et ne mentent pas.
— Tu ... Tu fais quelque chose après le boulot ?
Rougissement de gamin. Les mains qui s'envolent, chassent une mouche invisible, occupent l'espace.
— Je veux dire, tu n'es pas obligée de dire oui, c'est un peu ridicule, j'imagine que tu dois passer prendre les jumeaux, et puis j'ai Ava mais je pensais tu vois je pensais qu'on pourrait aller au parc ou déjeuner ou même qu'on pourrait juste se promener.
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MessageSujet: Re: Tourner les pages ∇ Meredith   Dim 24 Mai - 21:43


Elle étouffait. Tout ça, cette vie, ce n'était pas ce qu'elle avait imaginé pour elle 10 ans avant. Elle était heureuse dans un sens mais d'un autre côté elle aurait aimé avoir plus de temps pour accomplir ce qu'elle avait prévu pour elle. Aujourd'hui, au lieu d'être devenue écrivaine ou éditrice, elle était bibliothécaire. La bibliothécaire d'une petite ville où il fallait surveiller chaque pas que l'on faisait pour être sûr de ne pas marcher de travers.

Meredith essuya une larme qui avait roulé sur sa joue et frotta ses yeux avant que Louis ne la fasse se retourner. Il ne lui avait pas ri au nez et la jeune femme se demanda pourquoi. Sa main se posa sur sa joue sans qu'elle ne dise un mot. Si elle n'avait pas été hypnotisée par les yeux si bleus de Louis, peut-être aurait-elle fermé les siens pour se laisser aller. « On va y arriver, tu verras. Avec ou sans eux. Ce n'est pas ça qui nous manque, c'est pas la force, c'est autre chose. » Elle eut envie de lui demander si c'était vrai. S'ils allaient vraiment y arriver. Si un jour les gens arrêteraient de se retourner sur leurs passages pour examiner les trous sur lesquels ils trébuchaient. Et puis sans qu'elle ne se rende vraiment compte de ce qu'il se passait elle se retrouva collée à lui. Elle passa doucement, machinalement, ses bras dans le dos de Louis, agrippant son pull-over et posa sa tête sur son épaule. Elle aurait voulu que ça ne s'arrête pas, que le temps s'arrête pour lui permettre de souffler encore. Combien de temps s'était-il passé depuis la dernière fois que quelqu'un l'avait fait se sentir aussi bien. Et pourtant il n'avait rien, rien fait vraiment. Il était juste là.

Les bras qui l’entouraient la serraient fort comme s’il avait peur qu'elle s'échappe, elle n’osa pas lui dire qu’elle ne le ferait pas mais il dû le comprendre puisqu’il desserra son étreinte sans pour autant la lâcher. Elle savait que lorsqu’il le ferait vraiment elle aurait ce sentiment, diffus, d’abandon, le même qui, lorsqu’elle quittait les jumeaux pour rejoindre son travail, la faisait se demander si elle n’était pas devenue, finalement, cette femme égoïste qui aurait voulu qu’ils restent avec elle pour toujours. Une petite seconde d’éternité. Sans qu’elle s’en rende vraiment compte leurs corps reprirent les positions initiales et elle passa ses mains autour de ses bras. Elle aurait pu penser aux conséquences si jamais on les avait vus, si jamais quelqu’un était entré mais ça n’avait plus vraiment d’importance. Elle détaillait les traits de Louis comme si elle découvrait un nouvel être humain. Elle remarqua cette mèche rebelle sur le haut de son crâne, cette fossette sur sa joue, les cernes sous ses yeux, le rouge qui lui monte au visage lorsqu’il pose une question et toutes ses petites choses qui le rendaient plus attachant qu’elle n’aurait pu se douter lorsqu’il était entré ce matin-là en fracassant, presque, la porte de la bibliothèque. « Je veux dire, tu n'es pas obligée de dire oui, c'est un peu ridicule, j'imagine que tu dois passer prendre les jumeaux, et puis j'ai Ava mais je pensais tu vois je pensais qu'on pourrait aller au parc ou déjeuner ou même qu'on pourrait juste se promener. » La jeune femme pencha légèrement la tête sur le côté, était-ce une bonne idée ? Et en même temps des bonnes idées elle avait cru en avoir tellement quand aujourd’hui elle ne paraissait plus que terribles. « Non. » Elle se sentit obligé de préciser se doutant pertinemment qu’un simple non pourrait porter à confusion. « Je veux dire… Non, je ne fais rien. Et… euh, oui, ça me ferait plaisir. Ce que tu proposes… » Elle ne savait pas si il voulait qu’ils soient seuls ou s’il parlait aussi des enfants, elle aurait aimé qu’il ne soit que tous les deux pour continuer à parler. « Je me disais si tu as besoin… Pour Ava, tu peux m’appeler. Pour les costumes des spectacles de l’école… Je crois que j’ai fini par comprendre comment fonctionnait une machine à coudre alors. » Elle accompagna sa phrase d’un petit rire gêné tout en sachant très bien qu’elle était une piètre couturière.
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MessageSujet: Re: Tourner les pages ∇ Meredith   Lun 25 Mai - 23:56

— Non.
Son coeur rata un battement et s'enfonça brusquement au fond de sa poitrine, abysse improvisée. Elle clarifia ses propos, bien qu'affolée, la machine reprit sa place, il cessa d'avoir des frissons imprévus, elle voulait dire oui, pas non, elle voulait dire oui et les frissons revinrent mais cette fois il s'agissait d'une appréhension mêlée de joie, oui, elle avait dit oui. Il sourit à l'évocation des costumes pour le spectacle de l'école, il n'avait pas encore eu à gérer la chose mais il sentait qu'elle serait compliquée s'il voulait éviter une affaire d'État, après tout il n'avait sa fille avec lui que depuis si peu de temps.
— C'est gentil, j'y penserai. Vu son caractère, je pense qu'elle me demandera de se déguiser en pirate, ça ne devrait pas être trop compliqué.
Ou peut-être qu'elle lui demandera Raiponce ou la Reine des Neiges, et là tu seras pas dans la merde. Déjà il sent que Meredith rit, un peu gênée, oui, gênée, forcément gênée, après tout il vient de lui proposer - de lui proposer quoi, il ne sait même pas - et il ne sait pas quoi lui dire, il ne sait plus où il veut en venir, tout ça est si nouveau et si familier à la fois. En jetant un coup d'oeil à l'horloge, il s'aperçut qu'il était déjà plus de onze heures, le temps s'était comme envolé et lorsqu'ils étaient ensemble ils étaient curieusement bien. Non, il n'avait pas envie de s'en aller.
— On pourrait aller dans le centre, il y a ce petit café, ils font aussi restaurant, ça me ferait plaisir de t'inviter.
Il eut envie d'ajouter qu'il y allait quand il était jeune, quand il avait encore ce truc là, la vie, devant lui, et puis d'un seul coup il se souvint qu'il ne doit pas évoquer son passé, que tout ça est interdit, et il se mit à trembler qu'elle lui pose des questions. Que dira-t-il ? J'ai passé les trois dernières années en cellule, quand j'étais pas à l'isolement pour m'être battu avec ces chiens qui me prenaient pour leur jouet. Remarque, non, j'ai été transféré pendant un mois à l'hôpital de Belle Fleur, un coup de couteau entre les côtes, d'ailleurs ce n'était pas un couteau mais une petite cuillère taillée en pointe, tout aussi efficace, j'ai saigné comme un animal sur le carrelage du réfectoire, j'ai failli crever là. Attaché à mon lit pendant plusieurs semaines comme un criminel, ce n'était pas la panacée. Un criminel, ce que je suis après tout, un criminel qui ne mérite pas mieux.
Il baissa les yeux chastement. Non, il ne voulait pas qu'elle sache et que ce regard bienveillant se transforme, il ne le supporterait pas. Et pourtant elle lui avait confié son secret. Il se sentit égoïste de garder le sien pour lui, mais il n'était pas prêt.
— Je dois aller chercher Ava vers quatorze heures, ça nous laisse un peu de temps. On pourrait aller au parc tous les cinq, ça plairait aux gosses.
Il laissa traîner la fin de sa phrase, un peu en suspens, pour voir sa réaction, oui cela lui faisait plaisir, et en même temps il décelait aisément une pointe d'appréhension dans le regard de Meredith, comme si elle ne savait absolument pas à quoi elle disait oui. Exactement comme lui.
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MessageSujet: Re: Tourner les pages ∇ Meredith   Mar 26 Mai - 21:25


En pirate? Meredith haussa un sourcil amusé. Quand Paul voulait se déguiser en cowboy, Iris voulait être une indienne et quand Iris voulait être une princesse, Paul voulait devenir un dragon. Si les costumes étaient passablement compliqué à faire déguiser Paul en dragon avait probablement été la chose la plus amusante qu'elle avait pu faire depuis longtemps. Elle trouvait drôle le fait que ses enfants veuillent se déguiser sur le même thème mais en opposé quand tout ces gens dehors disaient que la relation des jumeaux, en général, était malsaine. Meredith suivit le regard de Louis lorsqu'il posa ses yeux sur l'horloge et elle ouvrit la bouche étonnée. Elle aurait dû être à l'accueil. Elle manquait à tout ses devoirs et d'un autre côté, le temps passé avec Lou lui avait semblé si court et si reposant. Elle se confiait à lui comme si elle le connaissait depuis toujours et elle ne savait pas si ça devait l'effrayé ou la pousser... La pousser à quoi? « On pourrait aller dans le centre, il y a ce petit café, ils font aussi restaurant, ça me ferait plaisir de t'inviter.» La jeune femme se mordit la lèvre. Ça faisait longtemps qu'on ne le lui avait pas proposé. A la réflexion elle ne se souvenait pas s'être beaucoup fait invité. Et bizarrement même si elle trouvait ça mignon et adorable, elle se surprit à vouloir refuser. « Je te fais confiance pour le resto, j'avoue que je ne connais pas bien les environs, en dehors des parcs. Mais... Non rien. » Elle le devancerait au moment de payer l'addition. Il n'y avait pas de raison pour qu'il soit le seul à payer et puis d'ailleurs, elle avait cru comprendre qu'il cumulait plusieurs emploi pour subvenir à ses besoins et ceux de sa fille. Chose qu'elle trouvait très courageuse mais dont elle éviterait le sujet si il ne venait pas lui en parler de lui même. Elle s'était demandé plusieurs fois si elle n'aurait pas dû cumuler plusieurs boulots, elle aussi, pour ouvrir sa librairie, mais elle arrivait à peine s'en sortir avec les enfants et un seul boulot, alors avec plusieurs elle n'osait même pas imaginer. « Je dois aller chercher Ava vers quatorze heures, ça nous laisse un peu de temps. On pourrait aller au parc tous les cinq, ça plairait aux gosses. » Meredith hocha la tête avec un sourire. Oui, les enfants seraient content il n'y avait pas vraiment de doutes, de toute façon à cet âge là on s'amusait d'un rien. Elle ne pouvait, pourtant, s'empêcher de se demander dans quoi elle se lançait. Les rendez-vous, amoureux ou non, n'avaient jamais vraiment été une réussite pour elle. « J'ai dis à la nounou que je rentrerais à peu près à cette heure là. Pourquoi pas ça pourrait être amusant. » Elle retint de justesse un "plus que d'habitude, en tout cas" et regarda derrière elle. Dans un élan de spontanéité un peu déplacée elle s'avança et déposa un baiser sur la joue de son interlocuteur. « Merci. » Pour m'avoir fait sentir que je n'étais pas une moins que rien, que je comptais quelque part, pour tout et pour rien. Elle baissa les yeux et s'apprêta à rejoindre l'accueil pour faire bonne figure et ne pas laisser les adolescent courir les couloirs silencieux.
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MessageSujet: Re: Tourner les pages ∇ Meredith   Jeu 28 Mai - 20:17



— Merci.
Et dans un souffle, un élan qui ne lui ressemblait pas et qui pourtant lui allait si bien, elle se haussa sur la pointe des pieds, déposa un baiser furtif sur sa joue, tourna les talons. Il sentit un point chaud là où ses lèvres, brièvement, s'étaient pressées contre sa joue. Son teint rosit comme celui d'un enfant, il n'était plus qu'un enfant finalement, et c'était tout ce qu'il demandait à redevenir. Il l'observa qui s'éloignait dans un nuage de regrets, en déroulant lentement le filtre de ses pensées il la suivit sans s'en rendre compte et la regarda partir dans la lumière pailletée. Le soleil. Un instant, tout semblait presque beau. Même les couloirs monochromes et la contingence de leurs vies. Tout semblait agencé, millimétré comme un tableau de Vermeer, la lumière tombait d'une façon particulière et ne mettait en relief, pour une fois, que les éléments qui méritaient d'être remarqués par l'oeil humain ; il y avait bien sûr la surprise et les regards, mais aussi ses longues jambes et les plis de sa robe, il se perdrait dedans à coup sûr, et soudain il se rendit compte qu'il ne pensait plus qu'à elle et à ce que l'après-midi avait de merveilleux à offrir, alors que deux minutes auparavant il ne s'agissait que d'une banale après-midi comme les autres.
Ils iraient au restaurant. Est-ce qu'il la ferait rire, comme dans les films pourris que Tim et lui allaient voir avec leurs petites-amies, bijoux de pacotille qui les abandonnaient sitôt le pop-corn payé ? Lui dirait-il d'où il venait, ce qu'il avait fait, pourquoi il l'avait fait ? Les questions qui demeuraient pour l'instant sans réponse avait quelque chose de charmant, comme le sourire muet d'une statue.
Puis ils iraient au parc. La spontanéité des enfants aurait cela d'élégant qu'ils n'auraient pas à faire la conversation. Ces trois-là s'aimeraient instantanément, et d'un amour comme seuls les enfants savent aimer, ils se chamailleraient quelques minutes puis deviendraient les meilleurs amis du monde, liés par un destin aux saveurs de Peter Pan et de Disney ; ils seraient cruels et joueurs aussi, ils ne laisseraient pas les adultes un instant puis s'éloigneraient pour de bon, et alors il regarderait Meredith comme il n'avait pas regardé une seule femme depuis qu'Alma lui avait brisé le coeur, simplement.
Il cherchait ses mots, et je les lui donne car personne d'autre ne peut le faire : "Elle a brisé mon coeur. Mais toi, tu as simplement brisé ma vie."



- Fin.
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