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 Sur la rivière du souvenir ∇ Ettore

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MessageSujet: Sur la rivière du souvenir ∇ Ettore   Jeu 7 Mai - 16:47


— Finis ton yaourt, Ava, on va être en retard.
— C'est un yaouteàlafèse.
— À la fraise. La fraise.
— La fèse. Yaouteàlafèse.

Louis soupire mais ne peut empêcher un sourire d'étirer ses lèvres. Pour galérer tous les deux, ils galèrent. Mais la petite fille de trois ans prend les choses avec une telle philosophie qu'il ne peut que l'admirer. Elle est sauvage et ravissante, l'incarnation d'une joie plus grande que lui. Un tout.
Il lui essuie la bouche avec un mouchoir, elle a toujours un trait rose sur le menton mais pas le temps, un gilet bleu sur la robe blanche et merde, tiens, elle a une tache là aussi, mais comment elle fait pour se tacher tout le temps, j'ai lavé cette robe hier soir, elle est pas possible !

— On va où ?
— Je te dépose chez la nourrice et papa va voir un copain.
— Non ! Nonononon Ava aussi !

Sans répondre, Louis emporte l'enfant dans ses bras, attrape Doudou au passage - un singe rapiécé qui ne les quitte jamais -, la tétine, sa propre veste et claque la porte, merde les clés, non, elles sont dans sa poche, ouf, et Ava qui n'arrête pas de miauler des choses incompréhensibles, il sort de l'appartement minuscule et descend les escaliers miteux en trombe, elle adore ça et rit de toutes ses forces, la voiture est garée dans la cour, c'est une vieille Lincoln toute déglinguée mais on la lui a quasiment donnée, il installe Ava sur le siège arrière et claque la portière, démarre, c'est parti, loin des galères, loin de tout, il s'engouffre dans Belle Fleur et chante une chanson à tue-tête, bientôt rejoint par la petite voix de sa fille.

Elle a pleuré un peu mais retrouver la nourrice n'a pas eu l'air de lui déplaire. À chaque fois qu'il la laisse entre les mains d'inconnues - ce sont toujours, toujours des femmes, des femmes qui la câlinent et qui le regardent parfois un peu bizarrement, qui lui rappellent à chaque instant qu'ils ne sont pas une famille comme les autres, qu'il manque décidément de la stabilité et une troisième personne dans leur quotidien, il a envie de leur hurler dessus et de reprendre sa fille, mais il ne peut pas, il ne peut pas - il a l'impression terrible de l'abandonner. Il ne le fait que pour aller bosser, mais aujourd'hui il passe la soirée avec Ettore. Ettore. Ce nom aussi le fait sourire, c'est peut-être un sourire triste et teinté d'amertume, mais ça reste un sourire, un vrai. Il gare la voiture sur le côté, près des maisons fantomatiques de leur enfance. Il avait treize ans quand il est arrivé chez eux, l'endroit était encore propret, pauvre mais lumineux, il y avait trouvé une chambre et une famille accueillante, c'était bien plus qu'il n'en demandait, on l'avait retiré de la famille précédente car le père y était violent. Et puis il avait rencontré Ettore, un jour qu'il était venu rendre visite à son oncle et à sa tante. Malgré leurs trois ans d'écart, ces deux-là s'étaient plu. Tim et Lou, Timélou, on les avait même appelés comme ça, il s'en souvient maintenant, les larmes lui montent un peu aux yeux, il est pudique, il se détourne. La maison est toujours là, au coin de la rue, mais elle est couverte de tags et le lierre a envahi le fronton. Il se souvient. Les baignades dans le Mississippi, à la belle saison. Les parties de ballon dans la rue. Les longues discussions et la fois où Tim l'a défendu à l'école, alors qu'il se faisait emmerder par les gamins de sa classe. Les premières clopes. Et puis cette soirée où ils ont fait n'importe quoi, essayant de se rebeller contre le destin qui les séparait pour la première fois - ils n'étaient pas prêts d'imaginer la suite - et se retrouvant derrière les barreaux pour la nuit. En vain, Lou était parti avec sa valise la semaine suivante pour un quartier éloigné. Ils s'étaient revus, bien sûr. Au fond, ils n'auraient jamais pu s'oublier. Leurs parents étaient en vie, mais une chose les rapprochait tout de même : ils étaient tous les deux orphelins.
Il avait revu Tim une seule fois depuis son arrivée à Belle Fleur, très brièvement. Des retrouvailles intenses, à la mesure de leurs années de séparation. Tout était remonté d'un seul coup : la souffrance de la prison, les nuits passées à se souvenir, l'atmosphère particulière de la solitude, et soudain, soudain l'incarnation du seul frère qu'il ait jamais eu.
Un bruit de moteur interrompit sa rêverie.

— Tim, fit-il, et ce fut tout ce qu'il parvint à dire avant d'étreindre son ami.
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MessageSujet: Re: Sur la rivière du souvenir ∇ Ettore   Sam 9 Mai - 18:00


louis&ettore ◮ sur la rivière du souvenir

Tim tourne délicatement les pages de l'album photo qu'il vient de dénicher au fond du placard du salon. Mentalement, il ajoute à sa liste de choses à faire : faire le tri dans les affaires à jeter. Sous ses yeux, une succession de photos prises par sa tante quand il était adolescent. Sur la majorité des photos, il est en compagnie d'un petit garçon de treize-quatorze ans au regard un peu apeuré, mais au port fier et aux yeux pétillants de malice. Louis. Ce prénom sonne comme une madeleine de Proust, aux oreilles de l'Italien. Pendant deux ans, Louis a été un compagnon de jeu privilégié. Tous les soirs et tous les weekend, il n'y avait personne capable de les séparer. Tim se souvient du jour où il a pris la défense de Louis sur la cour de récré, parce que des septième année lui cherchaient des noises.

« Chi è ? (c'est qui) » demande alors Celio en pointant Louis par-dessus l'épaule de son père. « Il tuo padrino (ton parrain) » répond Tim, un sourire sur les lèvres et les yeux perdus dans l'amoncellement de souvenirs que les deux adolescents, désormais des hommes, se sont crées. « C'est Lou ? » s'étonne le garçon de dix ans. « Il était bien plus beau que toi » commente-t-il avant de fuir du salon en riant à gorge déployée, poursuivi par son père et la menace d'être privé de dessert au dîner.

Une fois Celio dans sa chambre et la baby-sitter affalée devant la télé, Tim attrape son manteau et ses clefs de voiture, puis rejoint son pick-up à grandes enjambées. Il met le contact et le bruit du moteur calme ses nerfs. Le ronronnement du pick-up est bien l'unique plaisir qu'il trouve à Belle Fleur. Excepté ses amis, bien entendu. Et Nadie. Une tendre pensée pour la belle brune qu'il doit bientôt revoir et l'Italien quitte sa place de parking, rejoignant le quartier abandonné où vivaient son oncle et sa tante quand il était ado. Il se gare à côté de la voiture de Lou et descend, son ami d'enfance – son frère, en fait – lui tombant dans les bras. Tim l'étreint comme s'ils ne s'étaient pas revus depuis vingt ans, puis recule légèrement, portant son regard sur la maison abandonnée, délabrée et vandalisée qui a abrité tant de leurs aventures et de leurs jeux d'adolescents.

Tim reporte ensuite son regard sur son ami et lui sourit. Il ne sait pas quoi dire. Ce n'est pas parce qu'il n'a rien à lui dire, ça non. C'est plutôt que dans un échange de regard, ils savent tous les deux. Ils savent que tant d'années ont passé, que les deux adolescents turbulents sont devenus des hommes, avec leurs fêlures et leurs parts d'ombres. Malgré des chemins très différents, bordés de tragédies et de violences, ils en sont venus à se retrouver là où tout a commencé. Ce retour à cette maison, c'est comme un pèlerinage – un chemin de croix qui les a menés de l'adolescence à l'âge adulte, sans jamais oublier d'où ils viennent.

« J'ai retrouvé des photos de quand on était ados et Celio a dit que tu étais plus beau que moi. T'as toujours été le plus beau, de toute façon » ronchonne Ettore, un immense sourire aux lèvres. Après tout, peut-être que les souffrances jalonnant leur route avaient pour unique but de les réunir à ce moment précis ?  
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MessageSujet: Re: Sur la rivière du souvenir ∇ Ettore   Dim 10 Mai - 21:14

L'étreinte fut de courte durée. Lou avait oublié - oublié. Et d'un coup tout lui revint lorsqu'Ettore se mit enfin à parler, une petite phrase pire qu'anodine et qui voulait en même temps tout dire : je te pardonne, je suis là, et regarde, je me souviens. Les larmes lui vinrent furieusement aux yeux. Il les repoussa avec une facilité déconcertante.
Non, il n'avait pas pleuré depuis longtemps. Et pourtant il avait espéré, espéré une visite, et même les lettres de son presque frère, qui venaient trop rarement. Il ne pouvait pas lui en vouloir. Tim l'avait prévenu. Si les choses tournent mal, je n'en serai pas. Je ne te tiendrai pas la main. Tu n'es plus le petit garçon que je protégeais, putain. Regarde-toi. Si tu foutais tout en l'air, je ne pourrais pas te le pardonner.
Il avait tout foutu en l'air.
Un carnage étrangement beau. Les choses s'étaient faites avec une telle violence, un tel excès qu'elles semblaient irréelles. En y repensant Lou voyait une chute sans fin, jusqu'à son entrée en prison, jusqu'à la première nuit derrière les barreaux, dans l'uniforme orange qui semblait lui crier ses erreurs, constamment. Oui, les lettres s'étaient faites rares. En trois ans il n'avait reçu aucune visite. Mais il avait pensé. Il avait écrit. Quasiment tous les jours, des réponses qu'il n'envoyait pas à Tim. Pour une raison, une seule : le repentir. Quelle que soit sa vie maintenant, tu ne peux pas lui demander de faire partie de la tienne, Lou. Oh, il aurait eu besoin de lui. Mais pour une fois, il devait se tirer de la merde dans laquelle il s'était fourré tout seul. Il avait gardé les lettres, il y en avait des dizaines, elles commençaient toutes par le même prénom : Tim. Tim, aujourd'hui je suis sorti du trou, je commençais à ne plus savoir si on était le jour ou la nuit, Tim, un homme m'a poignardé la semaine dernière, on m'a opéré en urgence, je ne sais pas si cela va aggraver ma peine, Tim, hier Alma est morte. J'ai une fille, Tim.
Il cessa de penser. Rendit son sourire à Tim.
— En tous cas, t'es resté le plus intelligent.
Qu'ajouter ? Faire la conversation paraissait déplacé. Et pourtant. Il semblerait que ces deux-là soient réunis par quelque chose de plus grand qu'eux, appelez ça le destin ou bien la vie, la volonté ou le hasard. Un faux accord dans la divine symphonie. Lou fit un pas, puis deux, vers la maison qui vit grandir les deux hommes. Il lui en a voulu, tellement voulu. Et maintenant tous ces sentiments contraires se sont envolés, ne reste qu'une sorte de sérénité. Comme si tout allait bien, enfin.
— Comment va Celio ? La dernière fois que tu m'en as parlé, il devait avoir six ou sept ans... J'aimerais bien le rencontrer. Ava aussi, j'imagine. Elle n'a pas peur de l'inconnu, au contraire.
Il rit et se tourna vers Ettore.
— Tu vois, elle n'a pas hérité de mon caractère. Heureusement.
C'était le moment de lui dire. Au fond, Lou espérait juste qu'il ne décevrait plus personne. Il avait perdu trop de monde. Il s'était presque perdu lui-même.
— Tu sais, je pense reprendre mes études.
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MessageSujet: Re: Sur la rivière du souvenir ∇ Ettore   Sam 23 Mai - 16:22


louis&ettore ◮ sur la rivière du souvenir

C'est étrange. Tellement étrange, de se retrouver tant d'années plus tard, face à la maison où ils sont devenus des frères. Des vagues de souvenir emplissent la tête de Tim, qui ne peut retenir un sourire. Ils ont tant fait, tant vécu, tous les deux. Et en si peu de temps. Leurs conneries les ont trop vite rattrapés, les séparant presque aussi vite qu'ils étaient devenus un tout. Tim lui en a voulu. Il lui en a voulu de n'avoir pas su rester raisonnable, de n'avoir pas su profiter de ce qu'il avait. Les Dauclert auraient pu devenir officiellement sa famille. Tim avait entendu son oncle et sa tante parler d'adoption. Ils voulaient que Lou soit leur fils aux yeux de la loi. Mais voilà, l'adolescent n'en avait fait qu'à sa tête. Et Tim avait eu du mal à l'avaler. Puis tout s'était précipité. Peu après le départ de Lou, c'était lui qui fuyait. Ils avaient gardé contact, Tim était revenu une fois en Amérique. Les années avaient passé et Lou avait été incarcéré. Et la déception avait noirci les souvenirs de Tim. Il ne lui avait envoyé que quatre lettres, dont l'une contenait une photo de Celio. Il n'avait pas eu le courage de lui rendre visite en prison.

Un sourire amusé s'étire sur le visage de Tim. Il n'est pas certain d'avoir été le plus intelligent. Il en doute franchement, à vrai dire. C'est lui, qui a fui la Louisiane, abandonné Maxxie sans explications, raconté des mensonges à Giulia pendant douze ans, refusé de visiter son presque frère en prison et séparé son fils de sa mère. Non, il n'est pas certain du tout d'être resté le plus intelligent. Appuyé contre son pick-up, Tim croise les bras et regarde l'ancienne maison de son oncle et de sa tante. Ils sont partis s'installer dans le Minnesota il y a de cela sept ans. La maison n'a jamais été entretenue depuis et l'écrin de ses plus beaux souvenirs d'adolescent a pourri.

« C'est pas une tare, de tenir de toi » l'assure Tim. « Je suis sûr qu'Ava est une gamine incroyable. Et ça, c'est grâce à toi » continue-t-il. Tim a depuis trop longtemps ce doute d'être un mauvais père qui le ronge et il ne veut pas que Louis ressente la même chose. Ce doute le paralyse et avec l'arrivée de Giulia aux Etats-Unis, il passe son temps à se repasser la journée en boucle pour trouver ce que Celio pourrait bien lui reprocher. « Celio va bien. Il a dix ans et parfois, je me demande de qui ce gamin tient son niveau d'intelligence » déclare Tim en riant. Son fils est incroyable et tous les jours, Tim remercie le ciel de l'avoir avec lui. Lou ajoute alors qu'il pense reprendre ses études. Un sourire éclatant fait quarante fois le tour du visage de l'Italien. Il se redresse d'un coup. « Mais c'est génial, ça ! » s'exclame-t-il. « Je suis fier de toi, Lou » ajoute-t-il, incapable de se départir de son sourire. Quand il a su que son ami sortait de prison, il a eu peur qu'il ne replonge, qu'il ne s'intègre pas. « On pourra s'organiser tous les deux si tu veux. Tu pourras déposer Ava au magasin quand tu iras en cours, je m'en occuperai ! Comme ça, je pourrai passer du temps avec elle ! » Tim fait déjà des plans dans sa tête. Après tant d'années sans se voir ni se parler, il est temps que les deux amis recréent une vraie relation et qu'avec leurs enfants respectifs, ils deviennent ce qu'ils ont un jour été l'un pour l'autre. Une famille.
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MessageSujet: Re: Sur la rivière du souvenir ∇ Ettore   Lun 25 Mai - 18:41

Fier ? Tim, fier de lui ? C'est comme irréel, l'accomplissement de rêves un peu fous qu'il avait parfois en taule, quand il pensait à ce qu'il ferait, à ce qu'il pourrait faire une fois dehors - il en avait besoin pour ne pas sombrer dans la tristesse et les regrets. Et Tim de repartir de plus belle, c'est tout lui, de proposer déjà de l'aider comme il a finalement toujours fait, et de lui tendre la main. Cette fois-ci, l'hésitation est vite passée. Lou a fait le choix de ne pas s'y accrocher en prison. Le choix de ne pas embarquer ce frère devenu inconnu dans ses galères et ses erreurs. Mais maintenant c'est différent. Il est différent. Et cette main tendue est inespérée.
Dans un souffle, il la saisit.
— Elle a un sale caractère, méfie-toi, dit-il, amusé. Mais d'une certaine façon elle se débrouille. J'ai l'impression qu'elle n'a besoin de personne.
Pas même de moi, semble-t-il ajouter silencieusement. L'une des rares lettres de Tim contenait une photo de Celio, il l'avait conservée religieusement dans sa cellule. Encore aujourd'hui, il lui arrivait de relire ces quatre lettres, si bien qu'il les connaissait par coeur, en prison les distractions étaient si rares et vivre dans le passé était si dur qu'il s'était résolu à se tourner vers l'extérieur, de toutes les façons possibles. Ç'en était une, finalement. Where have all the flowers gone, long time passing... Where have all the flowers gone... Where will you ever learn, oh, when will we ever learn ? La mélodie lui revient, doucement, c'est un peu leur chanson à tous les deux et alors qu'ils enjambent le seuil de la maison abandonnée et qu'ils effleurent de leurs mains abîmées les murs noircis par le temps les mots leur manquent.
Un graffiti à moitié effacé, une écriture hésitante et à peine lisible; TIM LOUIS 2003 cela fait déjà plus de dix ans, oui plus de dix ans se sont envolés et ils n'ont pas vu les années passer, ils n'ont pas vu la vie leur voler leurs moments d'insouciance si vite disparus.
— En septembre prochain, si tout va bien, si j'ai assez mis de côté. Ça devrait aller. Et ensuite, plus que deux ans et si je réussis les examens, ce sera enfin bon. Tout devrait aller mieux.
Est-ce qu'il y croit vraiment ? Comme avant ? Non, pas comme avant, ce ne serait pas possible. Il n'est plus celui qu'il était, le gamin aux yeux emplis de déception qui se pensait incapable. Maintenant il est père, et c'est le rôle le plus beau et le plus dur qu'on lui ait donné à endosser. Lui qui n'a jamais été le fils de personne, il se demande ce qu'au fond on attend de lui.
— Je ne t'en veux pas, tu sais. Personne ne devrait avoir à faire ça.
Il parle de la prison, bien sûr, et du silence. Il se veut sincère. Mais il ne veut pas le mettre mal à l'aise, alors vite, il reprend, vite.
— Et ta femme, Tim ? Giulia, c'est ça ? Je n'ai pas saisi. Elle ici, elle aussi ?
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MessageSujet: Re: Sur la rivière du souvenir ∇ Ettore   Ven 5 Juin - 14:47


louis&ettore ◮ sur la rivière du souvenir

« J'ai bien supporté ton sale caractère, je devrais survivre à celui de ta fille » répond Tim avec un sourire amusé. Les souvenirs remontent comme les violentes vagues d'un tsunami, tandis que les deux enfants devenus des hommes rejoignent la maison où ils ont tant partagé. Les murs ont vieilli, la peinture est défraîchie mais il reste encore une trace – une unique trace de leur passage. Ces trois mots qui ont survécu depuis dix ans sont, pour Tim, autant de rappels de sa propre lâcheté. Il aurait dû être là, intervenir, faire quelque chose – ne pas laisser son frère aller en prison. Il n'aurait pas dû choisir l'ombre et la sécurité. Il aurait dû, mais il n'a pas fait. Oui, ça ira. Combien de fois ne se sont-ils pas répété ces petits mots ? Tim se souvient, ils ont souvent espéré que l'avenir soit plus éclatant, que les ombres de leur passé et de leurs présent s'estompent. Mais tout n'est devenu que noirceur. Louis a plongé et Tim a fui.

Je ne t'en veux pas. Tim déglutit et un sourire gêné s'esquisse à la commissure de ses lèvres. Il avance sa main vers les lettres gravées dans le mur, hésite puis la pose – et inspire profondément. Son esprit semble allégé. Lou ne lui en veut pas. Pourtant, au coin de son cœur, quelque part entre sa colère et son désespoir, se niche sa profonde culpabilité ; celle qui ne s'en ira jamais, celle qu'il verra toujours lorsqu'il regardera Louis – celle de n'avoir pas agi comme un frère.

La conversation change de sujet. Giulia, bien sûr. Une grimace éphémère se dessine sur le visage de l'Italien, avant qu'il ne recouvre presque aussi rapidement un masque impassible. La femme qu'il a trahie, à qui il a menti, qu'il a abandonnée et à qui il a pris son fils. Un échec de plus à avouer à Louis. « Oui elle est ici. Pas à Belle Fleur, mais en Louisiane. Elle vient chercher Célio » résume Ettore – et détruire ma vie, oublie-t-il d'ajouter. « Je l'ai faite souffrir, Louis » murmure-t-il alors en fermant les yeux, la main toujours appuyée sur leurs prénoms gravés dans le crépis. « En venant ici, j'ai cru pouvoir tout recommencer mais je ne peux pas. J'ai arraché Célio à sa mère et à sa vie, comme ça, sur un coup de tête. » Tim retire sa main et s'adosse au mur, se laissant glisser jusqu'au sol. Pas de faux semblants. Face à Louis, il n'a pas honte de n'être pas l'homme fort et machiste qu'on le pense être. Ses erreurs passées et présentes le rongent et son masque de façade se sclérose un peu plus chaque jour. « J'ai honte de ce que j'ai fait » murmure-t-il en levant la tête pour regarder Louis dans les yeux. « J'ai honte de ce que je suis devenu. Je ne vaux pas mieux que mon père » finit-il en baissant la tête, incapable de supporter son propre reflet dans les yeux de ce frère qu'il a tant déçu...
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